Les Amazones symbolisent l’émancipation de la femme guinéenne souligne Adjudant Yaya kouyaté, chef orchestre des Amazones de Guinée

article mise à jour : 14 mars 2016
« Les Amazones symbolisent l’émancipation de la femme guinéenne » souligne Adjudant Yaya kouyaté, chef d’orchestre des Amazone. Adjudant Yaya kouyaté, communément appelée Hadja Yaya est chef d’orchestre et guitariste soliste des emblématiques Amazones de Guinée, cette formation féminine qui a été mise sur pied en 1961 par feu Fodéba keita, ex-ministre de la Défense du 2ème gouvernement du Président Ahmed Sékou Touré. Cette femme de foyer, mère de 6 enfants est une guitariste de charme aux doigtés magiques qui, avec ses compagnes, continue de charmer le public guinéen , africain et mondial. Née dans la décennie 1960 à Labé dans une famille griotte, la fille de Salifou kouyaté a appris la guitare avec ses frères qui se sont aussi intéressés à la musique malgré l’opposition du père. Yaya kouyaté a fait son école primaire et une partie de son collège à Labé avant de venir à Conakry après son mariage. La musique dans le sang, comme elle le dit elle-même, a dominé la jeune femme qui n’a pas pu poursuivre ses études. Jouant de la guitare avec dextérité, elle est repérée par les Amazones en 2003, groupe dans lequel elle va désormais évoluer sous la bénédiction de ses aînées qui l’ont aussitôt adoptée pour continuer à tenir la dragée haute. A l’occasion de la journée mondiale et du mois de la femme, notre reporter s’est entretenu avec l’artiste qui parle de sa carrière et de ses projets dans l’orchestre féminin de la gendarmerie nationale qui deviendra en 1977 sous l’inspiration de Justin Morel junior, journaliste culturel et ancien Ministre de la communication ‘’Les Amazones de Guinée, à l’image des braves femmes qui combattaient dans l’armée du roi Béhanzin de Dahomey (Benin).

Guinée-culture Hadj Yaya kouyaté, en ce mois de mars on célèbre la femme guinéenne. Vous êtes chef d’orchestre des Amazones de Guinée, ce groupe de femmes qui a symbolisé dans le domaine musical l’identité de la femme africaine de Guinée à travers le monde. Avant d’aborder le vif du sujet laissez- moi vous demander comment êtes vous venue à la musique ?

Je suis griotte de naissance. Mon père et ma mère sont tous Kouyaté, donc des griots. J’ai la musique dans le sang. Je l’ai aimé dès ma tendre enfance bien que mon père n’avait jamais voulu que je fasse la musique. Il voulait que je continue mes études. Mais pratiquement, tous mes frères, Sékou Bembeya, Georges, kerfalla sont des musiciens et je les voyais jouer. Je voyais des orchestres répéter. Tout ça m’a influencé. Et, comme le destin de chaque être est déjà tracé, me voici aujourd’hui, musicienne.
Je disais tantôt, dans ma tendre enfance, que je voyais mes frères répéter. En les voyant, cela me dérangeait. Un jour, je dis à mes frères de m’initier à la guitare. Djeliké, Lamine Lobilo, n’ont pas refusé de m’entraîner matin et soir. C’est ainsi que j’appris la guitare. Mais mon inspiration pour la guitare est venue d’un artiste qui manipulait bien cet instrument de musique. Il s’agit de Maître DIS, un guitariste de l’Atlantique Mélodie.
Un jour, je vins au Buffet de la Gare. Je vis l’orchestre Atlantique Mélodie jouer. Je fus tout de suite attirée par la guitare basse, car DIS la jouait avec dextérité. Ce guitariste dans sa prestation devint mon inspiration, mon idole. Depuis ce jour, je me suis mise à la guitare basse. Chose décidée, chose faite. Je me rappelle que c’est feu kandemady Diawara qui m’a amené à la guitare solo. Une fois on nous a mobilisées, quelques filles et moi pour constituer l’orchestre féminin de la garde républicaine. Quand kandemady m’a vu jouée, il me dit : Toi, tu dois jouer la guitare solo ou la guitare d’accompagnement car tu as la main. Je n’en voulais pas ; mais il a insisté et j’ai obéi. Heureusement aujourd’hui j’ai le fruit .
C’est dans cet exercice que je fus découverte par les Amazones. Cela est venu fortuitement. J’accompagnais mon frère à la Paillotte, ma guitare en main. Pendant qu’il s’entretenait avec ses amis dans la cour, moi j’étais dans mon coin avec ma guitare. Les Amazones faisaient leur répétions dans la salle. L’une d’entre elles sortit et me vit assise la guitare en main . Elle rentrât, aussitôt, elle ressortit avec une autre. Je devins la curiosité de l’équipe qui me demanda gentiment de les rejoindre dans la salle. Leur chef me demanda de jouer quelques notes pour elles. Quand je me suis exécutée, elles ont été émerveillées. On me demanda d’intégrer leur formation. Je leur dit, je suis une femme mariée, adressez-vous à mon frère qui vous accompagnera chez mon mari. Ce frère, c’est Mamady kouyaté dit Dieliké, les Amazones ont un respect religieux pour ce dernier qui est actuellement aux Etat-Unis. C’est ainsi qu’ils sont partis voir mon mari qui n’a pas trouvé d’objection.

Aujourd’hui, L’orchestre Les Amazones de Guinée est l’une des rares formations orchestrales créées pendant la 1ère République qui continue à égailler les mélomanes. Quel est votre secret et d’où vient cette motivation ?

La motivation vient de plusieurs facteurs. D’abord, Nous sommes toutes des militaires. La discipline militaire nous a permis de tenir le cap, car dans un groupe de personnes où il n’y a pas de discipline, le groupe ne va pas évoluer. La force des amazones c’est la discipline. Aussi, les Amazones bénéficient de l’attention des autorités militaires. Les autorités militaires de notre pays nous assistent dans notre travail en veillant à ce que nous ayons les instruments au complet. Un musicien, c’est son instrument de musique. S’il n’a pas d’instrument, le musicien ne peut pas évoluer. Et les autorités militaires veillent à ce nous ne manquons de rien. En dehors de cette assistance technique, il y a aussi les petits soins qui nous sont donnés de temps en temps.

Vous dites que les autorités militaires sont aux petits soins des Amazones. Pourquoi les Super Lions de la gendarmerie nationale ,l’orchestre masculin, ne vit plus ?

Je n’ai pas trouvé les Supers Lions en activité. Je ne sais ce qui est arrivé. Je sais une chose, moi, c’est la 2ème génération des amazones que j’ai trouvée . Les membres fondatrices, beaucoup parmi elles sont mortes. Celles qui vivent sont à la retraite. C’est le cas de Hadja Fatou Cissé, communément appelée Angelina , qui est actuellement conseillère des Amazones de Guinée.

A l’occasion de la fête des femmes quels conseils donnés vous à vos consœurs ?

Le 8 mars ou plutôt ce mois de mars, le monde entier célèbre le combat et les sacrifices que les femmes ont menés et consentis pour exiger l’égalité des sexes dans tous les domaines de la vie et de leur place de mère, de fille et d’épouse qui se battent pour la paix et le bien être social . En Guinée, le mois de mars demeure pour la femme un moyen d’expression de l’amour , du respect et de promotion. Il met en honneur la guinéenne femme. Ce que je pourrai dire à propos des amazones ; c’est un orchestre crée en 1961 par l’ex-ministre de la défense feu Fodéba Keita sous la présidence de feu Président Ahmed Sékou Touré pour favoriser l’émancipation de la femme africaine de Guinée. Ce symbole, ce joyau ne doit pas disparaître. Il met en valeur d’autres qualités de la femme guinéenne. Mère au foyer, protectrice de la nation quand celle-ci est en danger , distributrice de joie et de bien être quand il y a la paix. La femme de Guinée doit être devant au milieu et derrière. Elle est le moteur de la société guinéenne.
Ainsi, le 8 mars , fête internationale de la femme, nous restons toutes mobilisées. Je sais que la femme guinéenne ne dort pas. De 5h du matin à minuit, elle est sur pied. Dans la capitale, celle qui ne sont dans les bureaux sont sur le terrain. Dans la rue, dans les marchés ou dans les ateliers pour subvenir aux besoins de la famille. Elles font beaucoup pour la nation guinéenne et pour l’équilibre de la famille. Cela est une réalité. Elles doivent continuer à se battre pour que tous leurs droits leur soient reconnus. Celles qui ne font rien doivent sortir travailler sans complexe pour que leurs époux les respectent. Il faut qu’elles changent car nous sommes au 21ème siècle. Elles ne doivent plus se murer à la maison et attendre que le mari apporte tout. Quant aux filles qui ne travaillent pas, elles doivent étudier ou chercher du travail pour que leur insertion sociale soit complète. Elles ne doivent pas être des fonctionnaires de la nuit. Aller de boite en boite, leurs sacs sous les aisselles, n’est pas un travail pour elles. Elles doivent changer de comportement. Une fille de bonne famille ne doit pas avoir une telle attitude de frivolité. En revenant sur le 8 mars, je dirai que les Amazones sont bien impliquées dans cette fête qui s’étend sur tous le mois de mars. D’ailleurs, jeudi 4 mars, nous avons organisé une soirée dansante dans la salle de conférence du Camp Camayenne. Toutes les autorités militaires étaient là. Dés 20h , Madame la ministre de l’action sociale, de l’enfance et de la condition féminine était présente, entourée de son staff. La soirée a été très réussie ; nous avons été accompagnées par l’orchestre Le Super Flambeau de la garde républicaine. Cette attention nous motive. Aussi, chaque fois quand les femmes de Guinée doivent se mobiliser, à l’occasion des fêtes comme celle du 8 mars, les Amazones ne sont pas oubliées. La Première Dame, Mme Hadja Djéné Condé, considère les Amazones comme ses filles. Elle pense beaucoup aux Amazones et elle est aux petits soins. Avec toute cette marque de sympathie et d’attention pourquoi les amazones ne seraient pas motivées. Nous sommes motivées à 100%. Aujourd’hui, nous nous battons pour que la femme guinéenne continue à donner l’exemple dans le cadre de l’égalité, de la compétence et du patriotisme. La femme n’est pas seulement faite pour la cuisine ou la lessive, elle peut faire aussi tout ce que les hommes font. Les amazones l’on démontré au cours de ses années d’existence. Bien que nous soyons dans nos foyers, nous portons la tenue et nous sommes chargées de la sécurité de la nation et des citoyens. Nous distribuons aussi la joie à travers la musique.

Les Amazones continuent à faire danser des milliers de Guinéens, d’Africains et des mélomanes des autres continents . Est-ce que vous avez de nouvelles productions et quels sont vos projets ?

Nous venons de mettre à la disposition des mélomanes notre jingle de 2 titres. Celui du couple présidentiel, notamment de Hadja Condé et celui de la paix et de l’unité nationale car la Guinée demeure une et indivisible.
En dehors de ces 2 titres, qui sont offerts gratuitement à la population , nous sommes en train de finaliser notre prochain album dans le studio de Hadja Mama kanté, qui sera fort de 12 titres. Il sortira les 2 ou 3 prochains mois car, aujourd’hui, 10 titres sont déjà prêts.

Est-ce vous pouvez nous citer quelques uns de ces titres ?

Non ? C’est un secret jusqu’à sa sortie. Les mélomanes le découvriront bientôt. Sachez seulement que les Amazones continueront à égailler le public. La lutte continue.

Vos derniers mots au public et à l’ensemble des mélomanes ?

Je ne peux finir sans rendre hommage à nos ainées qui se sont battues pour créer, maintenir et faire vivre les Amazones de Guinée. Elles sont nombreuses celles qui sont mortes. Les vivantes sont à la retraite. Elles ont été braves et ont présenté la femme guinéenne au monde entier. Le nom des Amazones est obtenu à l’extérieur de la Guinée à l’occasion des prestations réussies de l’orchestre sur des scènes étrangères. Nos aînées ont eu la sagesse de préparer leur relève. Nous aussi à notre tour, nous préparons notre relève car la vie est ainsi faite. Je vous informe que de nouvelles filles ont été recrutées par nous. Elles sont en formation militaire. Elles sont de toutes les sections rythmiques. Elles vont assurer notre relève. Les Amazones sont un symbole qui ne doit pas être enterré car il y va de la survie d’un pan de l’histoire de la Guinée. La Guinée doit tout faire pour que cet orchestre continue à jouer. Déjà, dans le monde, il a fait école dans plusieurs pays. La lutte doit continuer. Vive la femme guinéenne !
Propos recueillis par Lansana Sarr

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